"N’ayant pas fait d’école d’art et ne disposant pas d’atelier à proprement parler je me considère comme une « artiste de chambre ». Littéralement, la chambre étant l’espace dans lequel je travaille, mais aussi au sens où l’on parle de « musique de chambre » ; il y a là quelque chose d’intime. L’intime, évoque à la fois le petit comité, l’espace privé -presque secret- du boudoir, en même temps qu’une implication physique. Une implication du corps de l’artiste. Par opposition à un art conceptuel qui peut (du moins au premier abord) sembler plus désincarné. La main, la trace de la main est visible. « La patte » même. Animal. (Du latin animal doué de vie ; et anima le souffle, l’âme). Ma pratique, en « immersion totale » dans un espace intime, a quelque chose d’enfantin dans le plaisir de faire, et d’onirique dans sa logique. L’art comme le rêve fonctionnent par déplacement et symbolisation. Par associations d’idées et correspondances poétiques. Dans un jeu d’échos qui tisse des réseaux de sens. Des constellations. Le fond et la forme sont un index tendu vers le mystère. Il s’agit de tendre des toiles comme on tend des pièges, pour attraper des rêves comme des insectes dans une toile d'araignée. Le Dreamcatcher, ou capteur de rêve est un objet artisanal issu de la culture amérindienne composé d’un anneau en bois, d’un filet, de perles et de plumes. Il est sensé protéger le sommeil de son détenteur en agissant comme un filtre, les cauchemars passent à travers les mailles ou restent prisonniers des perles jusqu’à ce que les premières lueurs du jour viennent les brûler, tandis que les rêves se prennent dans les filets et descendent vers le dormeur le long des plumes. J’ai constitué une collection éclectique de rêves, pris dans des dreamcatchers. Comme une collection de papillons encadrés, d’insectes pris dans l’ambre, de trophées de chasse, ou pièces archéologiques d’une civilisation imaginaire. La collection d’un attrapeur de rêve."

Alizée Meurisse